Nous prescrivons sans goûter
Nous prescrivons sans jamais ressentir ce que nous demandons à l'autre. Sans connaître la texture, la lourdeur, l'arrière-goût métallique, l'odeur chimique ni cette impression étrange de confier son corps à une substance qu'on ne connaît pas vraiment.
Et si ce décalage entre celui qui prescrit et celui qui prend n'était pas qu'un simple détail ? Symbole de la distance entre le savoir médical et le vécu du patient ?
La médecine de la tête et celle du corps
Le médecin connaît la molécule, le mécanisme, les effets attendus, les risques théoriques. Le patient connaît l'expérience. Il sait la lenteur du comprimé coincé dans la gorge, la nausée qui monte, le ventre qui se tord, la peur de la dépendance.
Entre ces deux réalités, la relation thérapeutique s'effrite. On oublie que soigner, ce n'est pas seulement administrer un traitement mais comprendre ce que ce traitement fait vivre.
Goûter au sens symbolique
Il ne s'agit pas de tout avaler pour savoir. Mais de goûter autrement : par l'écoute, par l'empathie, par l'imagination clinique. Comprendre que l'observance n'est pas une question d'obéissance, mais de sens.
Le patient ne cherche pas un médecin parfait, il cherche un médecin qui comprenne ce qu'il vit. Prescrire sans goûter, c'est risquer de devenir technicien du vivant. Goûter, c'est rester humain.