Le Résistome : quand les bactéries nous font la leçon
Avant même que l'homme n'invente les antibiotiques, elles portaient déjà dans leur génome les armes pour y résister.
On a retrouvé une bactérie isolée dans une grotte, coupée de la surface depuis plus de 4 millions d'années. Multirésistante. À des molécules qui n'existaient pas encore.
La résistance n'est pas une réponse à nos traitements — elle est constitutive.
C'est ce qu'on appelle le résistome : le catalogue complet de tous les gènes de résistance présents dans le vivant, bien au-delà des seules bactéries pathogènes. Mais ce qui est encore plus remarquable, c'est ce qu'elles font de ces armes. Elles les partagent.
Pas seulement entre bactéries de la même espèce. Entre espèces différentes. Entre genres différents. Par conjugaison, par transformation, par des éléments génétiques mobiles — des sortes de clés USB biologiques qui circulent d'une cellule à l'autre, franchissant toutes les frontières phylogénétiques.
Et le plus troublant : ces échanges sont d'autant plus fréquents que les bactéries partagent le même environnement. Ce n'est pas la parenté qui crée la solidarité. C'est la communauté de vie.
Une bactérie intestinale partagera plus volontiers un gène de résistance avec une bactérie d'une autre espèce vivant dans le même intestin, qu'avec sa cousine génétique vivant dans un sol de ferme.
Elles s'entraident par écologie, pas par famille.
À l'échelle microscopique, des organismes sans cerveau, sans langage, sans conscience ont donc mis en place un système de partage collectif des ressources de survie, traversant toutes les frontières d'espèces.
Pendant ce temps, nous, à l'échelle macroscopique, avec nos cerveaux, nos langages, nos consciences… Nous avons progressivement démantelé les systèmes de solidarité collective que nous avions construits.
Je ne dis pas que les bactéries sont altruistes. Peut-être juste cohérentes…